Louis Pasteur

Photo: J.-H. Penseyres

Nous nous trouvons devant l’Institut Pasteur à Paris, inauguré le 14 novembre 1888 en présence du Président de la République Sadi Carnot. Le buste de Pasteur veille sur le vénérable édifice.

Quand Yersin arrive à Paris en octobre 1885 Louis Pasteur, le maître, vient de réussir le premier traitement contre la rage sur le petit alsacien Wilhelm Meister. Le monde retient son souffle, mais Yersin a déjà lu une année auparavant le livre « Histoire d’un savant par un ignorant », publié par René Vallery-Radot, le gendre de Pasteur.

En 1935 Yersin confiera à Louis Pasteur-Vallery-Radot, le petit-fils de Pasteur : « Saviez-vous que ce livre a été le flambeau de ma vie et a provoqué chez moi l’immense ambition de chercher à pénétrer dans le milieu magnifique où M. Pasteur brillait d’un si vif éclat. Je me rends compte, aujourd’hui, combien cette ambition était téméraire. L’enchaînement des circonstances m’a permis de réaliser ce rêve audacieux, et c’est pour mes vieux jours un réconfort de les revivre en pensée ».

Victor Cornil et Emile Roux

Source: http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/index.php

L’enchaînement des circonstances est celui-ci : Une place de préparateur à l’Hôtel Dieu, chez le professeur Victor Cornil (1837-1908) sur recommandation du Dr Morax de Morges, et grâce à Cornil la rencontre avec Emile Roux (1853-1933), bras droit de Louis Pasteur. Yersin devient préparateur, puis assistant de Roux, parce qu’il « avance en travaillant et non en rampant devant les professeurs ». Le voici donc entré dans l’équipe des proches collaborateurs de Louis Pasteur!

Cours de "microbie technique"

Souce: Archives IPP

Mais grâce à Roux Yersin aura la chance de côtoyer un autre grand personnage de la microbiologie triomphante de la deuxième moitié du 19ème siècle. En effet, en juin 1888 Yersin, devenu docteur en médecine, part suivre le fameux cours de microbiologie à Berlin chez Robert Koch, qui a découvert le bacille de la tuberculose en 1882. Les nouvelles connaissances ainsi acquises à Berlin permettront à Yersin de mettre sur pied à Paris, sous la supervision de Roux, le non moins célèbre cours de microbie technique de l’Institut Pasteur, cours ayant formé des générations de microbiologistes de haut vol.

Sur la photo présente on voit au premier rang Yersin dans le cercle rouge de droite et Roux dans celui de gauche, entourés des participants au cours de 1888-1889.

A la découverte de Paris

Dans son temps libre Yersin explore Paris à pieds, en omnibus qui a « une impériale à trois sous » et à bicyclette, son guide Baedeker toujours en poche ! Ecoutons-le à propos du Louvre : « Il n'y a pas de description possible pour le Louvre; le bâtiment lui-même est d'un style sévère; il possède une immense cour intérieure. J'y ai passé près de deux heures pendant lesquelles j'ai visité seulement les antiquités asiatiques, les faïences et bois sculptés du Moyen Age, et deux chambres de tableaux modernes. Parmi les tableaux que j'ai vus, ce que j'ai surtout admiré, mais admiré du fond de l'âme, c'est "Les Illusions perdues" de Gleyre. Jamais, en voyant des photographies, je ne me serais imaginé que c'était si beau ».

Ce tableau exprime une grande mélancolie, la nostalgie du temps passé. Yersin, à travers sa grande sensibilité, reçoit le message : Il faut qu’il bouge et tente de réaliser ses rêves d’enfance : voyager et explorer !

Et il conclut qu’un « séjour à Paris est une chose bien précieuse et que c’est une ville comme il n’y en a pas pour développer un homme ».

Yersin assiste à la construction de la tour Eiffel, qui sera le plus haut monument du monde!
Le 2 décembre 1888 il écrit à sa mère: «La tour Eiffel est déjà le plus haut monument de la terre».
Source : http://vergue.com/post/436/Construction-tour-Eiffel-1888

L’exposition universelle de Paris en 1889

Source: Wikipedia

L’exposition de 1889, avec ses 32 millions de visiteurs, fut pour Yersin un évènement dépassant toutes ses attentes. Selon ses dires il s’est acheté 20 entrées, mais nous savons qu’il y est allé plus de 20 fois.

Le 5 mai 1889 il écrit à sa mère: «C’est demain l’ouverture de l’Exposition; je crains qu’elle soit mouillée, car le baromètre baisse. Cette semaine j’y suis allé deux fois avec une carte que m’a prêtée M. Duclaux». Duclaux était le fondateur des Annales de l’Institut Pasteur et devint Directeur de l’Institut Pasteur, après la mort de ce dernier en 1895. Puis Yersin écrit dans la même lettre du 5 mai: «Tu ne peux te faire une idée de l’immensité de la galerie des machines, je crois qu’elle pourrait abriter toute la ville de Morges. La tour Eiffel vue de près est encore plus imposante que de loin». Yersin, l’admirateur de tous les progrès techniques, s’extasie donc aussi devant ces chefs-d’œuvre accomplis de l’architecture métallique.

Le 19 mai Yersin revient à la charge: «Enfin je ne te dirai rien du Palais des Machines dont tu auras sans doute déjà lu les merveilles dans les journaux. Je suis resté là tout l’après-midi et le soir jusqu’à 10 heures. Et note que je n’ai pas vu la centième partie de ce qu’il y a à voir».

Il écrit « Et puis on veut toujours trop voir en sorte qu'on ne voit rien. Parmi les choses qui m'ont frappé je te citerai une rue du Caire qui, paraît-il, est absolument authentique. On ne se croit en tous cas  plus à Paris, et les habitants sont certainement de vrais Egyptiens.» ou encore « Dans le panorama des transatlantiques, on se trouve sur le pont d'un vaisseau, en face du Havre ; il ne manque que le roulis pour rendre l'illusion complète ».