Fanny Yersin et ses enfants

Fanny Yersin et ses trois enfants Emilie, Frank (à droite) et Alexandre (à gauche) quittent l’appartement de service de la poudrerie et obtiennent le 14 décembre 1863 le droit de résider à Morges. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Mme Yersin ouvre une pension de jeunes filles. L’agitation des jeunes pensionnaires ou « guenons », comme il les appelait, irrite le jeune Alexandre, car elles accaparent sa mère et c’est d’elles que dépend la famille. Besoin de solitude oui, misogynie non !

Rue de Lausanne

Le 13 avril 1872 Mme Yersin devient propriétaire de la « maison des Figuiers » à la rue de Lausanne 22, à l’emplacement de l’actuel numéro 11.

"Maison des figuiers"

Source: IUHMSP Lausanne

Voici une photographie de «mise en scène» typique pour le 19ème siècle. Elle date du début des années 1870 et représente la «Maison des figuiers» et ses habitants, Mme Yersin, le personnel de maison, les pensionnaires et les enfants Yersin. Une compagnie donc essentiellement féminine. Il est très vraisemblable que Mme Yersin et sa famille habitaient cette maison déjà avant l’achat de 1872.  On aperçoit dans l’embrasure de la fenêtre du salon, au rez-de-chaussée à gauche, Mme Yersin et son fils Alexandre en face à face. Frank, né en 1862, est debout dans le jardin, légèrement décalé vers la droite par rapport à sa mère.

Le 8 avril 1879 Alexandre écrit à sa sœur Emilie: «Je suis tout entier dans mes examens, mais je veux pourtant t’écrire deux mots pour ta fête. Tu vas donc avoir 18 ans, quelle grande sœur! C’est affreux!», puis plus loin «Je ne sais pas si maman t’a écrit que je suis remonté dans ma mansarde et j’y admire tous les matins de magnifiques levers de soleil.»

Photo: J.-H. Penseyres

La «Maison des figuiers» à la rue de Lausanne 11 à Morges, peu avant sa démolition en 2010. On voit que la maison a été passablement transformée au fil du temps, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. La mansarde n’existait plus et la cheminée sur le toit avait disparu, mais dans la pièce d’angle du rez-de-chaussée au sud-ouest se trouvait encore la cheminée de salon.

Sur cette la photographie aérienne on voit les Résidences du parc nouvellement construites et dont le bâtiment «EST» se trouve sur la parcelle de la «Maison des figuiers», qui désormais appartient à l’histoire. Mais on sait grâce à la correspondance d’Alexandre Yersin avec sa sœur, qu’un figuier a bel et bien existé dans le jardin de la famille Yersin à Morges.

L'Eglise libre

Photo: J.-H. Penseyres

Alexandre Yersin fréquente l’école primaire et le collège à Morges.

Dans son temps libre il parcourt déjà la nature, à la recherche d’insectes imprudents. Il aurait en effet retrouvé à un certain moment de son enfance, dans le galetas de la maison familiale, les collections d’insectes de son père. Ces collections se trouvent aujourd’hui au Muséum d’histoire naturelle de Genève. Alexandre voulait-il suivre les traces de son père? Le 8 avril 1879 Alexandre écrit à sa sœur Emilie: «J’ai maintenant 80 insectes dans ma collection. J’aimerais bien si tu pouvais m’en prendre quelques uns à Gnadau». Gnadau est une ville allemande, sise près de Madgeburg, et qui fut fondée au 18ème siècle par une communauté de piétistes et de réformés tchèques. Mais laissons Yersin continuer: «On met les insectes dans de l’esprit de vin environ 12 heures, puis on les laisse sécher et on leur passe une épingle à travers le corps comme ça (sur le point A, mais pas sur le point B. (n.d.l.r. croquis à l’appui). Chaque jour tu leur étends les pattes (C) jusqu’à ce qu’elles restent dans cette position et ensuite tu les piques dans une petite boîte que tu m’apporteras. Cela me ferait très plaisir si tu voulais essayer de faire cela. Et bien adieu sère chœur. Ton frère barbouillon».

La famille appartient à l’église libre, dont vous voyez au premier plan, sur la gauche de la photo, l’ancienne chapelle qui servit au culte libriste de 1862 à 1965, date de la réunification de l’église libre et de l’église nationale. Le bâtiment contigu à la chapelle qui apparaît à la droite de celle-ci, cachée par un buisson, est l’actuelle cure de l’église réformée de Morges, mais ce fut aussi l’Ecole supérieure de jeunes filles que fréquentèrent Emilie, la sœur aînée d’Alexandre Yersin et Fanny, fille aînée du Dr Ferdinand Jaïn.

Alexandre devient très tôt moniteur de l'école du dimanche et. à quinze ans, il est chef d'un groupe de l'Union chrétienne de jeunes gens (U.C.J.G.).

Les mentors

Source: Musée Yersin, Nha Trang

Deux médecins jouent un rôle important dans l’éducation et les choix professionnels du jeune Alexandre : à gauche dans le médaillon le docteur Ferdinand Jaïn, médecin à la retraite, véritable mentor, et à droite le docteur Jean-Marc Morax, médecin de famille des Yersin, Chef du service sanitaire cantonal dès 1893 et citoyen d’honneur de la Ville de Morges. Tous deux avaient étudiés la médecine à Paris.

Antoine Jaïn, décédé en 1878 à l’âge de 16 ans est le camarade de classe et ami d’Alexandre Yersin. La disparition prématurée d’Antoine raffermira les liens entre Alexandre et le docteur Jaïn.

Quant à Victor Morax, un des fils de Jean-Marc Morax, les autres étant René Morax l’écrivain et Jean Morax le peintre, il suivra Alexandre Yersin à Paris pour y étudier, lui aussi, la médecine. Il deviendra un célèbre ophtalmologue à l’hôpital Lariboisière à Paris.

David Livingstone, un exemple à suivre ...

C’est à travers l’église libre et ses missionnaires que le jeune Yersin entend parler des exploits de David Livingstone (1813-1873), pasteur, missionnaire, médecin et explorateur écossais qui découvrit les chutes Victoria.

Le mardi 11 août 1891 Yersin écrira à sa mère : « … car je crois que j'aboutirai fatalement à l'exploration scientifique, j'ai trop de goût pour cela, et tu dois te souvenir que cela a toujours été mon rêve bien intime que de suivre de loin les traces de Livingstone … ».

Les chutes du Zambèze ou chutes Victoria. Gravure extraite d’un des nombreux ouvrages de Livingstone.