Le photographe

Cette photographie a été prise par Yersin en 1937 lors d’un vol entre Saïgon et Le Bourget, pour aller rejoindre la réunion annuelle du Conseil scientifique de l’Institut Pasteur, dont il était le président depuis 1934, suite au décès d’Emile Roux. Cette photo se trouve dans les archives de l’Institut Pasteur de Nhatrang.

Le dos de la photo ci-dessus est annoté de détails techniques concernant la prise de vue. Passionné de photo Yersin avait écrit : «  c’est un charmant passe-temps et en même temps  une chose utile, car certains documents photographiques ne sont pas sans valeur ».

Yersin qui en 1901 avait possédé la première voiture en Indochine avait même songé à s’acheter un avion. Il fit son dernier voyage en avion dans le dernier avion qui quitta Paris en juin 1940. Mais ceci est le début de « Peste et choléra » de Patrick Deville.

Dernier repos / Last resting place

Photo: J.-H. Penseyres

En 2013 nous avons commémoré le 150ème anniversaire de la naissance d’Alexandre Yersin, mais aussi le 70ème de sa mort. Le dernier survivant des collaborateurs de Pasteur, s’est endormi paisiblement le 1er mars 1943 à 1 heure du matin dans sa maison de NhaTrang au bord de la mer de Chine. Il avait souhaité reposer dans les terres de son labeur et c’est ainsi qu’Henri Jacotot, Directeur de l’Institut Pasteur de NhaTrang et fidèle collaborateur de la dernière heure, choisit comme lieu de sépulture la crête rocheuse d’un mamelon recouvert d’hévéas ou arbres à caoutchouc, sur la rive droite de la rivière Suoi Giao. On y ressent un peu l’impression de calme que donnent les hauteurs; des massifs plus importants la dominent à quelque distance.

Photo: J.-H. Penseyres

Autour de la tombe a été aménagé un jardin d’arbustes et de fleurs comme M. Yersin les aimait. Henri Jacotot pensait que M. Yersin aurait imaginé avec satisfaction l’atmosphère recueillie de cette dernière demeure, un peu à l’écart du monde, non loin de ceux qu’il affectionnait.

Nous avons fait le pèlerinage vers ce lieu en 2006, 2007 et 2010, 2014 et 2015 et à chaque fois nous avons été touchés par l’impression de paix et de sérénité qui s’en dégage. Seul le chuchotement des feuillages d’hévéas agités par le vent répond aux chants des cigales et des oiseaux. Le temps semble alors s’être arrêté.

Photo: J.-H. Penseyres

Source: ADALY

Cet endroit est aussi un lieu de recueillement et de vénération. Voici justement la cérémonie du 1er mars 2013, commémoration du 70ème anniversaire de la mort du Dr Yersin.

Photo: J.-H. Penseyres

Le petit pagodon abrite le portait d’Alexandre Yersin qui est considéré par les bouddhistes Mahayana comme un bodhisattva – un éveillé.

Alexandre Yersin a non seulement découvert le bacille de la peste, mais il a également obtenu en 1896, en Chine, les premières guérisons de cette maladie grâce à un antisérum spécifique développé en collaboration avec l’Institut Pasteur de Paris. Yvonne Bastardot-Yersin, petite nièce du Dr Yersin, explique: « Pour le monde chinois, ces résultats tiennent du miracle. Les journaux du pays, traduisant l’enthousiasme général, identifient Yersin à une de leurs divinités, Hao-Ti, dieu de la médecine. C’est Hao-Ti descendu sur terre, assure-t-on dans la Chine entière ».

Photo: J.-H. Penseyres

Pour lui rendre hommage, la province de Khanh Hoà a donné son nom à plusieurs routes, à un collège, à un parc et à un laboratoire à Suoi Giao (à 18 km au Sud-Ouest de Nha Trang), où il repose. En 1990, l'ensemble du tombeau de Yersin à Suoi Giao, la pagode Linh Son et la bibliothèque de Yersin ont été classés site historique et culturel d'envergure national. Une statue du bactériologiste a été installée dans le parc Yersin de Nha Trang.

En 2013, le ministère vietnamien de la Justice a demandé à l'Etat de décerner à titre posthume à Alexandre Yersin le titre de ''Citoyen vietnamien d'honneur''.

Epilogue

Photomontage: J.-H. Penseyres

Lors d’une interview à Paris, un journaliste avait demandé au Dr Yersin s’il n’avait jamais craint d’attraper la peste. Voici la réponse, véritable témoignage d’humanité: « Le docteur regarde en souriant : Mais, oui. Je suis même un pestiféré de 1898. A cette date j’ai eu un accès de peste assez violent. Eh bien, je me suis soigné et comme vous pouvez voir, je ne m’en porte pas plus mal. Et puis, que voulez-vous, nous sommes un peu comme des soldats, obligés de travailler sous le feu de l’ennemi. Des milliers de balles nous passent au-dessus de la tête, nous sifflent aux oreilles ; nous ne pensons pas et nous ne voulons même pas songer qu’une d’elles peut nous atteindre mortellement … Qu’importe en somme la vie d’un misérable être à côté du bien suprême de l’humanité à conquérir ! En disant ces mots remplis d’une si haute charité scientifique, un éclair illumine les yeux du docteur de la plus belle foi qu’il m’ait été donné de jamais admirer. Devant cet élan généreux, parti sans apprêts du plus profond du cœur, je me contentai de serrer avec force la main du savant, et ne questionnai plus. Mais, rompant le silence impressionnant qui s’était fait entre nous, la voix de M. Yersin s’éleva, très douce : Que vous dirai-je de plus ? Mes rêves d’avenir ? Oui, je voudrais ardemment continuer longtemps encore l’œuvre ébauchée. Je voudrais détruire à tout jamais le fléau mortel, rendre la vie et le bonheur à tous ces malheureux Asiatiques accablés par les pestes maudites. Mais, de même que Dieu nous distille la vie à petite dose, de même il est bon d’agir lentement et sagement. Après quelques minutes de recueillement, M. Yersin relève la tête et ajoute : Mais tout cela s’arrangera, l’harmonie de la nature l’exige. Et le docteur me reconduisit, la bougie à la main, à travers un dédale d’escaliers, en me donnant des conseils de prudence : Prenez garde ; ici à gauche il y a trois marches assez traîtresses. Tenez, voilà la rampe, et maintenant que vous la tenez, droit devant vous, comme dans la vie ».